Ressources
Dans un business toujours plus complexe et incertain, certains mots deviennent des refuges.
Ils circulent partout — soft skills, posture, écoute, collectif, assertivité… — et donnent le sentiment qu’on agit, qu’on avance, qu’on traite le problème. En réalité, ils permettent souvent de rester dans le discours là où la situation appelle un acte.
Ces mots ne sont pas faux.
Mais parce que chacun peut y mettre son sens, ils produisent un accord apparent sans confrontation réelle au terrain. On parle beaucoup, on lance des chantiers, on travaille des notions… pendant que les décisions restent en suspens, que les tensions demeurent, et que l’action se déplace vers un espace plus confortable : celui du commentaire.
Cette page Ressources est née de ce constat.
Non pour redéfinir ces mots, ni pour en proposer une lecture de plus, mais pour rendre visibles les moments où le discours se substitue à l’acte, où l’on parle d’agir plutôt que d’agir.
Dans cet espace, nous cherchons à voir clair : discerner ce qui se joue réellement dans une situation, au-delà des mots qui la recouvrent.
À agir juste : œuvrer dans le réel, sous contrainte, sans garantie, plutôt que multiplier les paroles incantatoires et les bonnes intentions.
Et à dire : poser une parole qui ne décrit pas seulement, mais qui engage, qui tranche, et qui produit des effets — une parole qui fait advenir l’action au lieu de la remplacer.
Les ressources proposées ici sont volontairement peu nombreuses.
Elles prennent la forme de distinctions et de prises de position.
Chacune part d’une situation concrète, d’un point de tension réel, là où le langage brouille, ralentit ou détourne l’acte.
Distinction 1
La parole
Situation
Dans de nombreuses situations exposées, on parle beaucoup. Les réunions s’enchaînent, les cadrages se multiplient, les mots circulent. Les intentions sont formulées, les désaccords parfois évoqués. Et pourtant, quelque chose ne bouge pas. Les tensions demeurent. Les décisions tardent. L’action se déplace.
La parole est là, mais elle ne produit pas d’effet.
Elle traverse le brouillard sans jamais le dissiper.
Mécanisme
Dans un business toujours plus complexe et incertain, certains mots deviennent des refuges. Ils circulent partout — soft skills, posture, écoute, collectif, assertivité… — et donnent le sentiment qu’on agit, qu’on avance, qu’on traite le problème. En réalité, ils permettent souvent de rester dans le discours là où la situation appelle un acte.
Ces mots ne sont pas faux.
Mais parce que chacun peut y mettre son sens, ils produisent un accord apparent sans confrontation réelle au terrain. On parle beaucoup, on lance des chantiers, on travaille des notions… pendant que les décisions restent en suspens, que les tensions demeurent, et que l’action se déplace vers un espace plus confortable : celui du commentaire.
À cet endroit précis, la parole cesse d’aider à lire le réel.
Elle devient une manière de s’en protéger.
Distinction
Chez OpenUp, la parole n’est ni un message, ni une intention formulée, ni un commentaire sur la situation.
Elle est un acte.
Une parole qui compte est une parole qui :
engage celui qui la pose,
modifie la situation pour ceux qui y sont exposés,
produit des effets au-delà de ce qui était prévu.
La parole n’accompagne pas l’action.
Lorsqu’elle est juste, elle la fait advenir.
Lorsqu’elle ne transforme rien, elle devient un substitut — une manière parfois élégante d’éviter l’acte.
Ce que cela change
Travailler la parole, ce n’est pas mieux s’exprimer.
C’est accepter qu’une parole puisse :
exposer,
De conseil théorique qui produit des slides sans transformer ;
trancher,
créer des conséquences,
obliger à tenir ce qu’elle ouvre.
Dans les situations que nous rencontrons, l’enjeu n’est pas de parler davantage, mais de savoir quand une parole est nécessaire, et quand elle devient un écran entre soi et le réel.
Point de bascule
La question n’est donc pas : quoi dire ?
Mais : ce que cette parole engage et rend possible,
et ce qu’elle ne permet plus de maintenir — le flou, le non-dit, l’incohérence.
C’est à cet endroit que la parole cesse d’être un discours et redevient un acte.
Distinction 2
La décision
Situation
Dans de nombreuses organisations, on parle longtemps de décider.
Les options sont analysées, les scénarios comparés, les risques identifiés. Les échanges se prolongent, au nom de la prudence, de la concertation ou de la complexité. Pendant ce temps, la situation évolue. Les contraintes se déplacent. Et à force d’attendre, la situation décide à notre place.
À force de réflexion, l’action se trouve suspendue.
Et l’absence de décision devient elle-même une décision, souvent la plus coûteuse.
Mécanisme
Décider est souvent confondu avec la recherche d’une solution parfaite.
On attend alors :
- plus d’informations,
- plus de garanties,
- plus de consensus.
Mais dans les situations exposées, ces conditions n’arrivent jamais.
Le réel résiste. L’incertitude demeure. Et continuer à réfléchir devient, à un moment donné, une manière d’éviter d’agir.
La réflexion est nécessaire.
Mais lorsqu’elle n’ouvre plus d’action possible, elle cesse d’aider. Elle retarde.
Distinction
Chez OpenUp, décider ne consiste pas à résoudre un problème par la pensée.
Il s’agit de prendre une position dans le réel, à un moment donné, en acceptant qu’elle ne soit ni optimale, ni définitive.
Une décision juste n’est pas la meilleure décision possible.
C’est la moins mauvaise au regard de la situation, ici et maintenant.
Celle qui respecte les contraintes réelles, accepte l’incertitude, et rend l’action à nouveau possible.
Décider, c’est renoncer :
à certaines options,
à certaines attentes,
à l’illusion de maîtrise.
Ce que cela change
Pour un dirigeant, la décision est première.
Elle précède et conditionne toutes les autres actions. Tant qu’elle n’est pas prise, rien ne peut réellement se mettre en mouvement.
Décider, c’est accepter d’être exposé :
à l’erreur,
au désaccord,
au jugement,
aux conséquences.
La décision ne protège pas.
Elle engage.
Dans des environnements incertains, décider revient moins à avoir raison qu’à assumer un choix, pour que quelque chose puisse enfin se faire.
Point de bascule
La question n’est donc pas : qu’avons-nous encore besoin d’analyser ?
Mais : à partir de quand continuer à réfléchir coûte plus que décider ?
C’est à cet endroit que la décision cesse d’être différée et devient ce qui autorise l’action.
Distinction 3
La posture
Situation
Dans de nombreuses situations complexes, on parle de posture lorsque quelque chose résiste.
Un dirigeant “manque de posture”.
Un manager “n’a pas la bonne posture”.
Un collectif “attend une posture plus claire”.
Le mot apparaît quand l’action déçoit, quand la parole ne porte plus, ou quand la décision ne produit pas les effets attendus.
Mécanisme
La posture est souvent réduite à une intention ou à une attitude personnelle.
On la confond avec :
- une manière d’être,
- un style relationnel,
- une qualité individuelle à développer.
Dans cette lecture, la posture devient une explication commode :
si ça ne fonctionne pas, c’est que la posture n’était pas la bonne.
Le problème est que cette lecture déplace la question hors du réel.
Elle individualise ce qui relève d’un rôle tenu dans une situation donnée, sous contrainte.
Distinction
Chez OpenUp, la posture n’est ni ce que l’on pense, ni ce que l’on ressent.
Elle ne renvoie pas à une attitude personnelle.
La posture est ce que l’on donne à voir lorsqu’on tient un rôle dans une situation exposée.
Tenir un rôle implique une responsabilité, une attente et une exposition, indépendamment des intentions ou des valeurs revendiquées.
La posture se lit dans ce qui est tenu.
Dans ce qui est assumé.
Dans ce qui est laissé ouvert ou fermé.
Elle est observable à travers la lisibilité — ou l’illisibilité — produite par l’articulation entre ce qui est décidé, ce qui est dit et ce qui est fait.
Ce que cela change
Travailler la posture, ce n’est pas chercher la “bonne attitude”.
C’est interroger :
le rôle réellement tenu,
la lisibilité de ce rôle pour les autres,
la cohérence entre décision, parole et action dans la durée.
Les valeurs invoquées — bienveillance, intégrité, loyauté — ne fondent pas la posture.
Elles s’y rendent visibles, ou non, lorsque le rôle est tenu sous tension.
Une posture juste ne garantit ni l’adhésion, ni le confort.
Elle rend la situation lisible et permet aux autres de se situer.
Point de bascule
La question n’est donc pas : quelle posture adopter ?
Mais : ce que ma manière de voir, de décider et d’agir rend lisible — ou au contraire confus — pour les autres.
C’est à cet endroit que la posture cesse d’être une intention et devient une tenue.
